-->Photos Fatima 2008

Notre-Dame de Fatima

Monument de Notre-Dame de Fatima « op Bässend » à Wiltz.
Ses origines, sa réalisation, sa nouvelle vocation.

En guise de préface à la brochure éditée en 1952 à l’occasion de l’inauguration du « Monument de Notre-Dame de Fatima » à la mémoire des victimes de la guerre 1940-1945 le curé-doyen Dr Prosper Colling écrit :

Comment l’idée d’un monument prit naissance.

« En 1935 la diphtérie, une épidémie, qui touchait surtout les enfants, faisait rage à Wiltz. Il était effroyable de voir mourir les enfants en bas âge. Plusieurs familles s’adressaient à moi en me suppliant de faire ériger en plein air une statue des saints Roch et Sébastien, ... Comme les travaux d’ agrandissement de l’église paroissiale (sic ! = église décanale à Niederwiltz) étaient déjà entamés, nous avions prévu d’aménager l’ancienne sacristie en lieu de vénération pour les deux saints locaux. Dans l’église-même nous voulions présenter les deux statues en bois datant de la Renaissance, qui avaient déjà été au centre cde la dévotion populaire dans les épidémies de la peste en 1635 et en 1780.

Ce serait beau d’ avoir une statue en plein air, par exemple le Sacré-Cœur de Jésus, peut-être même en relation avec un calvaire. La colline au lieu-dit « Bässend » ou « op Essend » ... se prêterait à merveille pour un tel projet. On y aurait assez de place pour aménager un espace pour les pèlerins.

E.G. en parla à H.M., décédé ultérieurement en évacuation. Celui-ci nous offrit immédiatement un labour sur la colline pour y ériger le monument.

Puis vint la guerre avec ses terreurs. La chapelle des saints Roch et Sébastien regorgeait chaque semaine de fidèles qui imploraient la protection des saints patrons pour les jeunes enrôlés dans les armées nazies.

En 1942 le 25e anniversaire des apparitions de la Vierge fut célébré à Fatima, et le pape Pie XII voua le monde entier au Coeur immaculé de Marie. Voeu qui était accueilli et confirmé partout dans le monde chrétien. C’est ainsi que mûrissait l’idée d’ériger un monument en l’honneur de Notre-Dame de Fatima.


Le Monument Notre-Dame de Fatima „op Bässent“ 1952


A. La promesse de guerre

Fin décembre 1944, début janvier 1945, lorsque la population de l’Oesling (Ardennes luxembourgeoises) persévérait dans l’angoisse et priait avec ferveur dans les caves et les abris souterrains, plusieurs personnes s’étaient retrouvées au sous-sol de la demeure du curé-doyen Dr Prosper Colling à Niederwiltz, ou ils attendaient instamment la fin de l’Offensive des Ardennes, appelée communément « d’Rundstedt ».

Selon Joseph Maertz, auteur du livre „L’Oesling pendant l’Offensive « von Rundstedt », Imprimerie St Paul 1947, les combats autour de Wiltz (16-20 décembre) avaient un impact décisif sur la bataille pour la ville de Bastogne, à une dizaine de lieues à l’ouest de Wiltz. La résistance farouche de la 28th US Infantry Division ralentissait considérablement l’assaut de la Wehrmacht sur la ville assiégée, ce qui permettait aux régiments de chars du Général Patton et également – par conditions météorologiques favorables- à l’aviation anglo-américaine de voler au secours des troupes assiégées et de briser l’encerclement de Bastogne.

Léonie Thill se rappelle : “Comme c’ était le temps de Noël, nous chantions beaucoup de la paix sur terre, tandis qu’ au dehors la terre tombait en ruines.“

Après que l’offensive allemande s’était embourbée à Celles, à quelques kilomètres de Dinant (B), et quand les troupes allemandes battaient en retraite, Wiltz se retrouva une seconde fois au milieu de la zone de combat.

En date du 10 janvier 1945 Albert Paquay note dans son cahier-brouillon : « Noertrange doit être évacué dès trois heures de l’après-midi. Une famille demande asile chez nous. Là-haut la bataille fait rage. Les soldats battent la campagne. Ils ont enfilé aubes et surplis dérobés dans la sacristie, un camouflage blanc étant de rigueur dans un paysage enneigé ! »

Tard dans l’ après-midi du 13 janvier la police militaire somme la population de quitter la ville en direction est, ceci pour des raisons de sécurité. Plongés dans le désespoir, les dix personnes adultes, réunies dans les caves du presbytère prennent la ferme „résolution d’ ériger „op Bässent“ un chemin de croix public avec la représentation du Divin Coeur de Jésus et de Notre-Dame de Fatima.“ s’ ils échappent vivants aux combats infernaux. Eu égard à la nuit tombante, et à la demande du curé-doyen Colling l’ évacuation est différée jusqu’à nouvel ordre .

Sur la proposition du curé-doyen les habitants angoissés de la cave entamaient une neuvaine de prière en l’honneur des saints Roch et Sébastien, patrons de la ville. Pendant neuf jours les troglodytes persistaient dans la prière instante. Sur une cuve à choucroute renversée Monseigneur Colling rédigeait la promesse de guerre solennelle, qui fut signée par les dix adultes présents dans la cave : il s’agissait de sa sœur et économe Léonie Colling, des époux Anne et Jean Ahles-Kaulmann, des époux Joseph et Marie Thill-Weis, et de leurs filles Léonie et Marie-Josée Thill, ainsi que des demoiselles Maria Majerus d’ Enscherange, future Madame Camille Gaasch, Joséphine Siebenaler et Maria Weinandy de Noertrange.

Antoinette Thill, Hélène et Josy Ahles, également présents dans la cave, n’avaient pas le droit de signer, étant donné qu’ils n’avaient pas encore atteint l’âge de la majorité.

B. La promesse solennelle.

En bon pasteur, et dans des moments d’accalmie, Prosper Colling entreprenait des incursions dans les caves des environs immédiats pour informer les gens, pour les consoler et pour les inciter à participer également à la neuvaine de prière. Les combats sur les hauteurs de Roullingen et Nothum faisaient rage, les gains de terrain d’un jour étaient anéantis le lendemain. Albert Paquay, qui était resté avec son bétail dans la ferme familiale note dans son journal : « Mercredi, le 17 janvier : Cette nuit-ci, c’est pour la première fois que nous dormons sans la compagnie des « Prussiens » dans la maison. ... Ah, si les Américains arrivaient enfin ! » Le vendredi, 19 janvier Albert constate l’activité accrue de l’aviation américaine. Et il note : « Demain, c’est la Saint-Sébastien. Ceci est notre espoir. Le grand espoir des Wiltzois. »

Et Saint-Sébastien n’a pas déçu les Wiltzois. Le samedi 20 janvier 1945, jour de son patronyme, le curé-doyen Prosper Colling peut célébrer une messe solennelle dans l’église décanale lourdement sinistrée, devant une assistance de quelque deux-cents paroissiens. Et par les fenêtres sans vitrage on entend le bruit des bottes allemandes, qui battent le pavé de la „Lann“ en prenant la direction est, vers la frontière allemande. Wiltz est libre !

Au cours de l’office religieux, l’engagement rédigé neuf jours auparavant sur la cuve à choucroute, contresigné le 15 janvier par le bourgmestre Josy Simon et le président de la fabrique d’ église Joseph Daubach, est renouvelé de façon solennelle devant l’assistance attentive et recueillie.

Saints patrons


Saint Roch et saint Sébastien !


Pendant les grands troubles de guerre depuis trois siècles vous avez assisté nos ancêtres avec votre puissante intercession auprès du trône de Dieu.


Regardez-nous dans notre misère en ce jour de la Saint-Sébastien, tandis que nous cheminons à l’ombre de la mort.


Ne nous abandonnez pas , sauvez-nous de tous les périls.


Nous ne relâcherons pas dans votre vénération.


Vos anniversaires, saint Roch et saint Sébastien, demeureront à tout jamais les plus hauts jours de fête dans notre ville. C’est notre promesse la plus solennelle en ce jour, et nos enfants et petits-enfants se souviendront à l’avenir de cette parole, que nous avons donnée aux pires moments de la guerre.


En votre honneur nous allons célébrer chaque année une procession de prière et de pénitence le jour de l’Assomption, veille de l’anniversaire de saint Roch, à laquelle les jeunes filles porteront la statue de la Consolatrice, tandis que les hommes et les jeunes hommes porteront les statues des saints Roch et Sébastien.


Aussi participerons-nous à la réalisation de notre souvenir de guerre, du chemin de croix public avec la chapelle du Sacré-Cœur de Jésus et l’effigie de la Mère de Dieu.


Nous prêtons ce serment au milieu des décombres de la maison du Seigneur, et nous prions et implorons nos descendants et les générations futures, d’assumer cet engagement avec joie et enthousiasme, et de le respecter fidèlement en signe de gratitude éternelle.


Saints patrons, Roch et Sébastien, aidez-nous !


Consolatrice des affligés, ne nous abandonne-pas !


Divin Cœur de Jésus, Roi de l’univers, mène le monde à la paix !


Un chant écrit et composé par le doyen Prosper Colling pour le jour de Saint-Sébastien 1943, est chanté par toute l’assistance. Pour les circonstances M. Colling avait ajouté deux strophes à caractère d’actualité :

6) Comme Jésus jadis dans la pauvre étable

Nous sommes réunis dans la sombre cave

Au feu des canons aux alentours

Nous te supplions avec confiance.

Refrain :

Nous confions en toi, saint Sébastien !

Donne-nous courage et force ;

Donne-nous confiance,

Toi, zélé de Dieu, noble héros.

Protège notre foi,

Bien suprême sur terre.

C. Le voyage de notre Dame de Fatima à travers le Grand-duché marial.
( selon des articles parus au Luxemburger Wort, et des témoignages oraux et écrits)

Dans sa lettre épiscopale du mercredi, 3 septembre 1947, Monseigneur Joseph Philippe, Évêque de Luxembourg explique en six chapitres le bien-fondé, voire la nécessité de la vénération mariale en général, et il s’attache tout particulièrement à la visite de la statue de Notre Dame de Fatima au Grand-duché. Voici les extraits les plus importants de cette lettre aux fidèles : Notre-Dame de Fatima à Luxembourg

Les nouveaux temps ouvrent de nouvelles voies. ...Gare à celui qui croit devoir continuer toujours dans les anciens chemins battus. ... C’est de cette prise de conscience qu’est née l’idée de porter Notre-Dame de Fatima à travers le monde entier, pour la rapprocher des hommes.

... Partout l’on se plaint de la croissance et de la progression d’une mentalité néo-païenne, liée à ce monde, …Ce qui est compréhensible, si l’on considère que la personnalité humaine a été foulée des pieds, quasi anéantie pendant les dures années de guerre...que l’homme libre a été réduit en servitude, ... et qu’il est assoiffé de liberté et d’assurance de soi-même, …qu’il veut donner libre cours à ses sentiments et à sa joie de vivre.

Nous connaissons Notre-Dame de Fatima : ... le 13 mai 1917, la Première Guerre Mondiale n’avait pas fini de faire rage,Marie apparut aux trois enfants-bergers... A six reprises, chaque fois le treize du mois, de mai à octobre elle leur communiqua des choses merveilleuses et leur demanda de faire de grands sacrifices pour les pécheurs... Si les hommes s’amendent, la guerre sera bientôt terminée »

Fatima et Lourdes sont des lieux d’ asile pour les malades. Aux deux endroits de pèlerinage jaillit une source, dont l’eau miraculeuse procure guérison et soulagement aux malades. Lourdes et Fatima sont comme une réédition de la vie du Christ, qui présenta aux disciples de Jean les guérisons miraculeuses, qu’il accomplit, comme preuve et signe de sa mission divine.

Chaque pape, tout comme chaque fidèle, a une préférence personnelle pour un acte de dévotion ou un autre. Comme …Pie X qui vénérait ardemment la Vierge immaculée de Lourdes, comme Pie XI, qui qualifiait la petite Thérèse de Lisieux comme l’étoile de son pontificat, ainsi Pie XII donne la préférence à Notre-Dame de Fatima dans ses prières, ... et c’est à cette circonstance que nous devons la ronde de la statue de Fatima à travers le monde, et son passage dans notre chère patrie...

Quand … le 10 mai 1940... notre vénérée Grande-duchesse prit la fuite devant l’ennemi pénétrant de force, elle trouva un asile accueillant au Portugal. ...(Elle) pria pour sa patrie, ... Ainsi Fatima et Luxembourg furent alliés de façon intime par les mains jointes de notre souveraine... avec ses enfants, et tout spécialement avec sa mère, ... Et aujourd’hui Notre-Dame de Fatima rend la visite ...

La visite de Notre-Dame de Fatima ne veut point porter préjudice à notre vénération nationale de Notre-Dame de Luxembourg. ... Ainsi Luxembourg et Fatima se tendent la main. …

Dans ce chapitre l’évêque adresse des demandes et des recommandations au clergé – procuration pour l’ absolution lors de la confession de faits réservés normalement à l’autorité supérieure. Monseigneur Philippe, malade lui-même, recommande d’accueillir autant que possible les malades et les personnes âgées, pour qu’ils puissent recevoir la bénédiction de la Mère de Dieu (Gottesmutter) et de bénéficier éventuellement d’une guérison, par la prière et par la volonté de Dieu... L’évêque ordonne également que la statue de la Vierge Maria fasse le tour des hôpitaux et cliniques.

La visite de la statue de Notre-Dame de Fatima a eu des retombées importantes dans le « Luxemburger Wort », qui a suivi jour après jour son voyage à travers le pays.

Samedi, 13 septembre 1947 à Wiltz

Par temps ensoleillé et radieux, ce jeudi matin, la statue a été prise en charge (par la paroisse de Niederwiltz) à Erpeldange.

La procession avait une longueur jamais vue auparavant. Monseigneur Dr Colling avança à la rencontre de la statue, qui fut accueillie par les paroissiens de Niederwiltz. Accompagnée par les airs de procession de la Harmonie Grand-ducale « Concordia » Niederwiltz et par les chants et les prières ferventes d’un grand nombre de pèlerins de la Ville de Wiltz et des paroisses environnantes, Notre-Dame de Fatima, portée par les scouts Saint-Sébastien, les ouvriers et les artisans, les étudiants, les réfractaires, les rescapés des camps de concentration et les personnes déplacées, traversa les rues de Niederwiltz dans un cortège immense.

De nombreuses paroisses belges de la région de Bastogne n’avaient pas reculé devant le long voyage pour exprimer leur dévotion à la statue miraculeuse. „Vous avez de la chance. J’aurais tant voulu avoir la statue aussi chez nous », remarquait un des prêtres belges. Comme les nombreux pèlerins belges participaient en corps avec leurs paroisses, on entendait réciter le chapelet en langue française sur tout le parcours. Le nombre total des participants comportait entre 6000 et 7000 personnes.

La procession passait à côté de l’église décanale pour monter vers „Bässend“, où la messe a été célébrée en plein air. De cette façon il était possible que tous les pèlerins puissent assister au service divin. De même c’est là que s’élèvera, dans un proche avenir, le monument pour Notre-Dame de Fatima avec une chapelle, selon le voeu fait par le curé-doyen et les paroissiens pendant l’offensive « von Rundstedt », la terrible offensive des Ardennes. La première pierre du monument était installée sur un piédestal. Ce bloc hexagonal a porté la statue pendant la cérémonie. L’autel était érigé à quelque distance, à l’endroit ou la chapelle devait être construite .

La messe fut célébrée par le curé-doyen Dr Colling assisté par ses confrères de Wiltz et de Bavigne. Monseigneur Victor Elz parla, dans son homélie, de la mère, qui a fait un long chemin pour rencontrer ses enfants. Le message de Fatima : cesser de pécher, respecter les dix commandements, faire la pénitence et prier ; adorer la Vierge. Ensemble on dit la prière de consécration (Weihegebet). Le curé-doyen Dr. Colling salua les pèlerins belges et leurs prêtres en langue française. Ensuite la pierre qui portait la statue miraculeuse fut bénite. La chorale de Niederwiltz contribua largement à l’embellissement de la cérémonie.

Entre-temps les malades de la paroisse avaient été installés à l’église décanale et au retour de la procession une émouvante cérémonie de bénédiction y fut célébrée .

A 13.30 heures la paroisse de Oberwiltz venait accueillir la statue de Notre-Dame de Fatima pour la porter dans la cour du château, escortée par la Philharmonie municipale, le député Alphonse Schiltges, plusieurs associations locales et quelque soixante filles vêtues de jaune et de rouge, couleurs de la ville de Wiltz, et représentant une intention du chapelet. Le chemin était bordé de drapeaux, la cour castrale resplendissait dans sa plus belle parure. La cérémonie fut concélébrée par l’abbé Weis, le directeur Reckinger et le père Barbel, tandis que Monseigneur Elz fit le sermon. Ensuite la procession monta vers la clinique. Devant l’entrée elle fut accueillie par les Sœurs religieuses, bougies brûlantes à la main, le corps médical « in corpore », le personnel dirigeant, les sages-femmes, les employées de la Croix Rouge et du dispensaire et le personnel. La clinique resplendissait dans sa plus belle parure. Les malades transportables attendaient dans la chapelle richement décorée. Visiblement ému, le curé Josy Weis parlait de Marie, salut des malades. Avec le très saint sacrement Monseigneur Reckinger donna la bénédiction individuelle à chaque malade. La statue fut portée auprès de chaque malade pour qu’il puisse la toucher de la main.

Ensuite l’ostensoir et la statue, accompagnés par les médecins, furent portés dans les chambres des grands malades. C’était le moment le plus émouvant de toute la journée. Ici on ressentait quelque-chose de l’esprit des pèlerinages et des malades à Lourdes.

Des scènes de religiosité profonde se manifestaient à la sortie de la clinique, lorsque les mamans présentaient leurs tout-petits à la Mère de Dieu, pour qu’ils puissent la toucher. Et beaucoup de pèlerins tendaient leurs chapelets et autres objets de dévotion au contact de la statue de la Mère de Fatima.

Mais déjà le voyage prenait son cours. Tous les pèlerins accompagnaient l’auguste Mère de toutes les Grâces jusqu’à la « Batzendellt » (sortie de la ville vers Nocher, Dahl, Goesdorf), ou les paroisses de Dahl et de Goesdorf, qui avaient déjà participé en grand nombre aux festivités à Wiltz, prenaient la statue de Fatima sous leur garde. (Ils étaient accompagnés par deux moines et les rover-scouts).

A Eschdorf tous les habitants avaient arrêté le travail et avaient mis les habits du dimanche. Les maisons avaient pavoisé, il n’y en avait guère qui n’était pas illuminée et décorée. Entourée par un cordon de bougies, la statue de N.D. de Fatima luisait au-dessus du portail de l’église, saluée de loin par l’ « Ave Maria » qui brillait au-dessus de la grotte de N.D. de Lourdes.

D. La réalisation de l’engagement solennel.
Les travaux de déblayement et de reconstruction de la ville sinistrée avaient tellement occupé la population, que la réalisation de l’engagement pris dans les caves ne pouvait être envisagée qu’en 1949, la première pierre ayant été posée lors du passage de Notre-Dame de Fatima le 11 septembre 1947. Pendant de la mission populaire (Volksmission) en 1949 le calvaire provisoire fut consacré lors d’une procession de pénitence à la lueur des cierges.

Le 30 août 1950 les paroissiens de Niederwiltz ont élu un comité d’action qui devait s’occuper de la réalisation du monument. Le capital de départ fut rassemblé avec deux quêtes à domicile et une loterie avec 10000 lots.

Les « Œuvres paroissiales », association sans but lucratif, fondées le 8 février 1951, furent chargées de la planification et réalisation du monument. Le premier comité était formé par le curé-doyen Prosper Colling, président honoraire ; Nicolas Asselborn, président ; Léon Jacquemin, trésorier ; Joseph Schoettert, secrétaire ; Jean Hermes, Frédéric „Fritz“ Weis, Lull Marth, Nicolas Schneider, Mathias Stemper et Jean Merres, membres.

Plus des trois quarts de la population de Niederwiltz étaient membres des « O.P. ».

Au printemps 1951 les plans pour le sanctuaire commençaient à mûrir. Parmi plusieurs projets celui réalisé par Lull Marth fut retenu par le conseil d’administration, avec l’accord de la commission compétente.

Les travaux ont commencé dès l’automne 1951. Les firmes chargées de l’exécution furent Jean-Pierre Brauch et Michel Schmol pour le terrassement et la maçonnerie, Octave Künsch et Nic. Becker pour la couverture, Henri Kies, ferronnerie, et Josy Schaus, peinture. Les noms des victimes de guerre ont été burinés dans l’ardoise par les frères Demoitié. Les grands reliefs du Sacré-Coeur de Jésus et de la Sainte Vierge ont été ciselés dans le grès par le sculpteur Aurelio Sabbatini d’Esch-sur-Alzette.

E. La cérémonie de l’inauguration.
Le 13 juillet 1952 le monument a été consacré par l’Évêque-coadjuteur Monseigneur Léon Lommel, délégué par l’Évêque Monseigneur Joseph Philippe malade, en présence de nombreux paroissiens et invités d’honneur. Le Luxemburger Wort écrivait :

„Ce dimanche le monument de Notre-Dame de Fatima a été consacré solennellement dans la paroisse de Niederwiltz. Aérien, il trône sur la colline pour témoigner de la détresse et de la confiance en Dieu de la population luxembourgeoise aux générations futures

Le samedi-soir le monument rayonnait sur la hauteur, dans la lueur des projecteurs.

Jusqu’au dernier moment des mains laborieuses avaient œuvré à l’ organisation dans les moindres détails et à la décoration du nouveau sanctuaire. Le beau temps favorisait le déroulement des festivités, lorsque toutes les paroisses du doyenné et toutes les sociétés de Niederwiltz formaient une procession et montaient en prière vers « Bässent ».

Une foule nombreuse se serrait devant le monument voilé avec la tricolore luxembourgeoise. Sur la tribune d’honneur on notait la présence les députés-conseillers Alphonse Schiltges et Josy Simon, Messieurs les députés Georges Wagner, Jean Wenkin et Dr Emile Colling, les conseillers Dr Michel Bové et Emile Gerson, les révérends Joseph Reckinger, directeur du convict épiscopal, Mathias Colling, curé-doyen de Diekirch, le doyen émérite François Thill, les prêtres incardinés au doyenné de Wiltz ou originaires de la ville de Wiltz, les moines O.S.B de Clervaux, les sœurs de différents Ordres religieux, ainsi que les membres du Conseil d’église, du comité d’organisation, et les patrons des différents corps de métier ayant participé à la construction du monument.

S.E. l’Évêque-coadjuteur Mgr Lommel fut accueilli à l’entrée, la partie musicale était assumée par la „Harmonie Concordia“. Les drapeaux des sociétés présentes ornaient les arcades du monument. Nicolas Asselborn, président des « Œuvres paroissiales », saluait l’assistance et exprima ses remerciements chaleureux à tous ceux, qui avaient coopéré à la réalisation du monument, à l’organisation de la fête et de la brochure documentaire.

M. Asselborn termina en exprimant son intime conviction, que les Wiltzois prendraient souvent le chemin vers « Bässent » pour honorer les victimes du nazisme et de la guerre.

Dans son homélie le révérend Albert Gricius, ancien vicaire de Niederwiltz, rappela les terreurs de la guerre et les sacrifices des héros luxembourgeois. Il exprima son admiration pour le beau monument et retraça l’histoire des apparitions et prophéties de Notre-Dame ä Fatima.

L’Évêque-coadjuteur dévoila et bénît le monument ; le curé-doyen Dr Colling renouvela l’engagement solennel, qu’il avait pris le 13 janvier 1944 au nom de toute la paroisse.

Pendant que la chorale chanta le „Libera“, l’Évêque-coadjuteur donna la bénédiction aux 108 victimes de la guerre inscrites dans la pierre, à gauche et à droite de l’autel. Tandis que l’“Harmonie municipale“ jouait la sonnerie aux morts, les enfants déposaient leurs fleurs devant les plaques commémoratives. Après une prière au Christ-roi et à la Vierge de Fatima trois petites filles suppliaient la protection de Notre-Dame devant une nouvelle guerre.

Dans son homélie Monseigneur Lommel parlait de l’ordination de six nouveaux prêtres, qui avait eu lieu dans la matinée de la même journée. Parmi les néophytes il y avait trois Ardennais : Guillaume Erpelding d’Oberwampach/Asselborn, Henri Fellens de Niederwiltz/Munshausen et Georges Gévigné de Troisvierges/Clervaux.

Mgr Lommel, professeur au Grand séminaire, parlait aussi de son premier étudiant, Batty Esch, qui avait péri au camp de concentration ; il rappelait les sacrifices des Wiltzois pendant l’occupation nazie et pendant l’Offensive des Ardennes, pour dire enfin sa satisfaction, qu’avec le sanctuaire « op Bässent » les victimes de la guerre soient honorées également par un monument religieux.

La dernière strophe de la „Heemecht“ et la bénédiction épiscopale terminaient cette belle et émouvante cérémonie.

F. Le Calvaire géologique
Aux contributions pécuniaires régulières des membres des « Œuvres paroissiales » s’ajoutaient des dons substantiels de différentes associations, firmes et personnes privées, qui permettaient la mise en chantier du calvaire en pierres massives de provenance variée. Chacune des quatorze stations est réalisée avec des roches venant de carrières situées dans toutes les régions du pays.

La consécration du calvaire fut célébrée par Mgr l’ évêque Léon Lommel en date du 20 juillet 1958. Voici les différentes stations du calvaire, avec l’indication
a) de l’inscription sur le socle
b) les minéraux choisis
c) le lieu de provenance
e) le nom du/des donateur/s

I. Station : Jésus condamné
Kieselschiefer de Schüttburg et de Heinerscheid ;

Carrière : route de Kautenbach près de Wiltz

Kelson-Colling

II. Station : La croix de Jésus
Ardoise rouge de Clervaux

Carrière : Pont entre Asselborn et Boxhorn

Wilmes-Reimen

III. Station : Jésus tombe
Ardoise de Kautenbach et de Troisvierges

Ardoisière de Asselborn.

Bleierz de Oberwampach

Barbel-Esch

IV. Station : La Mère de Jésus
Quarzit de Berlé et de Marnach ;

Carrières : Café Schumann et Marnach. Kieselformationen und Kupfererz von Stolzemburg ; Antimon von Goesdorf

Hinger-Breyer

V. Station : Simon aide
Ardoise de Wiltz.

Carrière „im Elsass“ Niederwiltz

Lëtzebuerger Chrëschtleche Gewerkschaftsbond

VI. Station : La compassion de Véronique
Diluviumkiesel zwischen Oesling und Gutland

Gruben von Bettborn und Buschrodt

Unterbau aus kantigen Kieselsteinen von Tarchamps

Lëtzebuerger Fraen a Mammen

VII. Station : Seconde chute
Buntsandstein.

Grube Born

Sch.-G.

VIII. Station : Les femmes dévotes
Muschelkalk

Grube Gilsdorf

Lëtzebuerger Fraen a Mammen

IX. Station : Troisième chute
Buntsandstein

Grube Mertzig

Schlottert Soeurs

X. Station : Jésus deshabillé
Gipsstöcke in Keuper ;

Anhydrid von Heisdorf (Walferdingen)

Haas

XI. station : Jésus crucifié
Luxemburger Lias-Sandstein

Grube Howald

Weis-Messerig

XII. Station : Jésus meurt
La XIIe station constitue le monument proprement dit. Elle a été réalisée grâce à de nombreux dons anonymes, offerts mois par mois par des citoyens de Wiltz. Elle porte le crucifix réalisé à partir d’éclats d’obus ramassés dans les alentours immédiats de l’église décanale.

XIIIe station : Sur les genoux de la mère
Verschiedenfarbige Minette und zwischengelagertes Gestein (d.h. Bengelek)

Esch, Petingen, Rodingen

Schwestern der Christlichen Lehre

XIVe station : Jésus dans le tombeau
Hochofenschlacke und Eisenprofile

Esch-sur-Alzette

Asselborn-Eydt et Strotz-Binsfeld

G. Une nouvelle vocation
Déjà en 1968 un premier pèlerinage de la première génération de nos concitoyens portugais eut lieu „op Bässent“. Depuis lors les fidèles se rassemblent chaque année, de plus en plus nombreux, le jour de l’Ascension, sur la colline au-dessus de Wiltz.

En 1972 Monseigneur l’Archevêque Jean Hengen (+ mars 2005) fit cadeau à la communauté paroissiale de Niederwiltz d’une copie de la statue miraculeuse de Fatima, qui trouva une place de choix dans l’ancien chœur de l’église décanale.

Le jour de l’Ascension, année pour année, des milliers de pèlerins portugais de toutes les régions du pays se rassemblent à Wiltz pour vénérer « Nossa Senhora de Fatima ». Déjà la veille des pèlerins viennent à Wiltz, certains arrivent à pied, après une marche d’une cinquantaine de kilomètres. Tôt le matin, le jeudi de l’Ascension, les voitures arrivent de toutes les directions. La statue de la Vierge trône dans une mer de fleurs et l’église décanale est noire de monde, quand le rosaire est dit, et quand les chants montent vers la « Fatima ».

A trois heures de l’après-midi la procession se forme devant l’église décanale. La statue est portée par les fidèles et escortée par les jeunes scouts. Lentement le cortège se met en marche, en chantant et en priant la procession monte vers la colline « op Bässent » et la place peut à peine contenir tous les fidèles. La messe est concélébrée par plusieurs prêtres, dont souvent un évêque venu spécialement du Portugal. La chorale accompagne la célébration par des chants appropriés. L’instant le plus émouvant, chaque année, c’est le départ de la statue miraculeuse, portée par des fidèles portugais. Une mer de mouchoirs blancs flottille dans la brise pour saluer la Vierge Marie et pour lui dire au revoir.

Chaque année, le Vendredi-saint, les paroissiens de Wiltz se réunissent au pied de la colline pour prier ensemble le calvaire du Christ. Ils commémorent les souffrances du Seigneur et pensent aussi à celles et à ceux, qui ont payé de leur vie pour la libération de la patrie, et dont les noms sont ciselés dans la pierre du monument. Depuis le printemps 2007, le premier vendredi du mois, la messe est célébrée « op Bässent ».

Avec les offrandes des pèlerins portugais lors du pèlerinage national, et avec les aumônes des fidèles à l’église décanale, lors d’ événements familiaux, tels des mariages et des décès, le comité des « Oeuvres paroissiales » peut financer les travaux d’entretien indispensables et les améliorations souhaitables pour garantir la continuité et le perfectionnement du site « op Bässent », symbole de la paix et de l’unité, sanctuaire érigé en l’honneur du Sacré-Cœur de Jésus et à la Vierge Marie, Nossa Senhora de Fatima, Consolatrice des affligés de toutes les nationalités et de tous les teints.

7 mai 2007
Joss SCHEER
Œuvres paroissiales Niederwiltz